Le baiser de Judas

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Auteur : Robert D. , Conférence du Nord, le 01/03/2026, Zoom

Chères frères et sœurs et amis de la vérité, que la Paix de Dieu soit avec vous

Nous sommes à quelques semaines de la célébration de la Pâque de notre Seigneur. Même si la Bible nous enseigne comment nous y préparer, chacun l’aborde selon sa propre disposition intérieure, son état de cœur et sa foi.

Dans nos assemblées respectives, nous mettons en place un programme particulier afin de nous rappeler l’importance de cet événement et sa profonde signification. Il est bon de revenir à l’origine de cette fête telle qu’elle est rapportée dans l’Ancien Testament, et de méditer sur la manière dont l’Éternel a délivré le peuple d’Israël de l’esclavage en Égypte. Il est également précieux d’examiner les prescriptions données à ce peuple et d’approfondir la portée spirituelle de chaque emblème de cette Pâque.

Nous voyons comment un peuple nombreux a pris au sérieux le commandement de Dieu de célébrer ce jour comme une ordonnance perpétuelle et de la transmettre à sa descendance :

Exode 12:14 « Vous conserverez le souvenir de ce jour, et vous le célébrerez par une fête en l’honneur de l’Éternel ; vous le célébrerez comme une loi perpétuelle pour vos descendants. »

Exode 12:24 « Vous observerez cela comme une loi pour vous et pour vos fils à perpétuité. »

Le terme traduit par « loi perpétuelle » est חֻקַּת עוֹלָם (ḥuqqat ‘olam), littéralement « statut éternel » ou « ordonnance perpétuelle ».

Cependant, ce n’est pas sur cette dimension que je voudrais m’arrêter aujourd’hui. Je voudrais plutôt diriger nos regards vers les souffrances de notre Seigneur dans les jours qui ont précédé sa mort — et plus particulièrement vers une souffrance bien précise.

Les Évangiles relatent ses souffrances physiques et morales, jusqu’au supplice et à la mort sur la croix. Nous savons combien il est douloureux de souffrir pour des fautes que l’on n’a pas commises.

Mais il est une souffrance que les Évangiles mentionnent également, et dont on parle peut-être moins souvent, bien qu’elle soit tout aussi profonde : « la trahison venue de l’un des siens ».

C’est pourquoi j’ai intitulé cet exposé : « Le baiser de Judas », à partir des récits des évangélistes Matthieu, Marc et Luc. Je lirai pour introduction les paroles mêmes de notre Seigneur rapportées en Luc 22:48 :

Luc 22:48  « … Et Jésus lui dit : Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ! »

****

L’image du « baiser » est très intéressante, parce qu’on réserve son « baiser » à quelqu’un qu’on aime et qu’on apprécie en général or là, Judas l’Iscariot vient avec une intention contraire à priori.

L’apôtre Paul d’ailleurs nous le recommande dans ses lettres de pratiquer la salutation fraternelle par un « Saint baiser » :

  • Romains 16:16 « Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser. Toutes les Églises de Christ vous saluent. »
  • 1 Corinthiens 16:20 « Tous les frères vous saluent. Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser. »

Est-ce que Judas pensait qu’il n’y aurait aucune conséquence en ramenant avec lui la cohorte, des huissiers envoyés par les principaux sacrificateurs et les pharisiens avec des lanternes, des flambeaux et des armes comme l’indique Jean au chapitre 18 ?

Est-ce que Judas, l’un des apôtres, pensait que Jésus allait s’en sortir comme il l’avait fait jusqu’à présent et qu’on peut lire dans l’évangile de Jean ?

  • Jean 8:59 « Là-dessus, ils prirent des pierres pour les lui jeter ; mais Jésus se cacha, et il sortit du temple. »
  • Jean 10:39 « Là-dessus, ils cherchèrent encore à le saisir, mais il s’échappa de leurs mains. »

Nous ne savons pas ce que pensait vraiment Judas, certains historiens pensent qu’il voulait simplement s’enrichir et il était convaincu que Jésus allait s’en sortir pour devenir Roi d’Israël et que rien ne lui arrivera de mal.

Or dans Luc 22:3, nous lisons que « Satan entra dans Judas, surnommé Iscariot, qui était du nombre des douze. »

Et Jean 13:27 « Dès que le morceau fut donné, Satan entra dans Judas. Jésus lui dit : Ce que tu fais, fais-le promptement. »

Quel que soit les pensées de Judas, il a trahit son maître, celui avec qu’il a été jour et nuit pendant plus de trois ans !

Notre Seigneur s’est efforcé de tous ses efforts pour accomplir jusqu’au plus petit détail tout ce que son père lui a demandé :

Jean 17:4 « Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire. »

Et Jésus, dans sa prière sacerdotale, indique qu’il n’a permis à aucun des enfants que Dieu lui a donné de se perdre à l’exception du fils de perdition :

Jean 17:12 « Lorsque j’étais avec eux dans le monde, je les gardais en ton nom. J’ai gardé ceux que tu m’as donnés, et

aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. »

Alors même si cela était écrit, Jésus en était conscient, Judas avait la possibilité de se repentir.

Regardons ensemble durant les prochaines minutes les quelques leçons qu’on peut apprendre de cette situation et de ce personnage si contrasté.

Comment, quelqu’un qui a été choisi par Jésus (Luc 6:12-16), qui a tout laissé derrière lui pour suivre le Maître, qui a cru en sa parole a pu en arriver là ?

  1. Le danger de l’amour de l’argent

Au moment du choix des apôtres, aucun apôtre ne se doutait que l’un d’entre eux allait trahir leur maître et pourtant, voyons qu’est-ce qui a germé chez Judas.

Nous savons que les évangiles ont étés écrites après la mort de notre Seigneur et donc après que tous les évènements se soient déroulés. Cependant, dès le début des récits, Matthieu, Marc, Luc et Jean distinguent Judas en indiquant que c’est lui qui trahit Jésus en le livrant. Je pense que les apôtres ont étés très marqués par le comportement et les choix fait par leur compagnon, jamais ils ne l’auraient soupçonné :

  • L’évangile de Matthieu et Marc écrit en Matthieu 10:4 et Marc 3:19 vont indiquer  – « Judas Iscariot, celui qui livra Jésus. »
  • L’évangile de Luc en Luc 6:16 va indiquer – « Judas Iscariot, qui devint traître. »
  • Dans l’évangile de Jean en Jean 6:70, ce sont les paroles de Jésus qui dit – « N’ai-je pas choisi vous douze ? Et l’un de vous est un diable… »

Le fait que les apôtres n’ont pas soupçonné leur compagnon, c’est parce qu’ils étaient rempli d’amour or l’amour « ne soupçonne point le mal, » selon 1Co 13:5 et le commentaire de la manne du 13 février le confirme.

Ce n’est que plus tard, lorsque les apôtres et les disciples étaient réuni dans la chambre haute à proximité de Jérusalem, que l’apôtre Pierre annonce en Actes 1:16 à 17 devant environ 120 disciples :

Act 1:16-17 LSG 16 Hommes frères, il fallait que s’accomplît ce que le Saint-Esprit, dans l’Ecriture, a annoncé d’avance, par la bouche de David, au sujet de Judas, qui a été le guide de ceux qui ont saisi Jésus. 17 Il était compté parmi nous, et il avait part au même ministère.

Effectivement, Judas a eu l’immense privilège d’écouter les enseignements du Seigneur, d’observer de ses propres yeux les miracles de Jésus et même de recevoir le pouvoir de guérir toute maladie et toute infirmité, faire des miracles et prêcher le royaume des cieux tel que le mentionne Marc 6:7-13, Matthieu 10:1-15 et Luc 9:1-6.

Malgré la proximité la plus proche avec le maître, Judas aima l’argent. Pour lui, il n’était certainement pas incompatible de suivre le messie, donner sa vie pour le Seigneur et en même temps aimer l’argent.

Pourtant, Jésus lui-même dans son sermon sur la montagne va mettre en garde de cette incompatibilité et dont certainement Judas n’a pas écouté ou n’a pas pris ces paroles bien à cœur :

Mat 6:24 LSG Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon.

D’ailleurs, notre Seigneur durant ses trois ans et demi de ministère, il va guérir un grand nombre de personne sans rien demander en retour, ne prenant aucune récompense. Si Judas ne retiens pas les paroles du maître, il pouvait prendre exemple sur le comportement du Seigneur et l’imiter. Mais pour cela, ceux qui écoute les enseignements du Seigneur doivent être réceptifs et désireux de lui plaire et de lui ressembler!

Cependant, Judas fera le contraire, et le passage dans la bible qui marque le plus son amour pour l’argent est sa remarque frappante lorsque Marie déverse un parfum de nard pur de grand prix pour oindre les pieds de Jésus dans sa maison à Béthanie :

Jea 12:5-6 LSG 5 Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers, pour les donner aux pauvres? 6 Il disait cela, non qu’il se mît en peine des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et que, tenant la bourse, il prenait ce qu’on y mettait.

C’est une leçon applicable à nous qui suivons les traces de notre Seigneur et qui comme les apôtres, nous avons tout laissé sur cette terre pour suivre Jésus; c’est-à-dire toutes nos aspirations terrestre pour espérer aux promesses célestes et se concentrer sur la récompense future.

Nous avons tous en tête les paroles de notre Seigneur prononcé lors du sermon sur la montagne un peu avant de ce qu’on a lu tout à l’heure :

Matthieu 6:19–21 « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni la teigne ni la rouille ne détruisent, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. »

Gardons! Gardons gravé ces magnifiques paroles de notre Seigneur profondément dans nos cœurs, notre trésor, nos richesses se trouvent dans le ciel et non pas sur la terre. Chaque sourire partagé, une parole dite à propos, une entre-aide, un aumône et même le plus petit des efforts pour servir le Seigneur ajoute une pièce à ce trésor.

Rappelons-nous également la réaction des apôtres à ce que Jésus va répondre à l’homme riche qui vient le voir pensant qu’il fait tout ce qu’il faut pour hériter la vie éternelle :

Matthieu 19:16–22 «.. Jésus lui dit : Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi.

Mais à cette parole, le jeune homme s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. »

Jésus confirme qu’il sera très difficile d’être sauvé à toutes les personnes qui aiment l’argent plus que l’amour de Dieu :

Mat 19:23-26 LSG 23 Jésus dit à ses disciples: Je vous le dis en vérité, un riche entrera difficilement dans le royaume des cieux. 24 Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. 25 Les disciples, ayant entendu cela, furent très étonnés, et dirent: Qui peut donc être sauvé?

Ces paroles étaient entendu par les disciples, et si pour certains d’entre eux, elles s’inscrivaient profondément dans leurs cœurs, pour un autre, la cupidité grandissait.

L’amour de l’argent ne consiste pas uniquement à placer l’argent au-dessus de Dieu, mais aussi à laisser son cœur s’envahir par l’avarice et l’égoïsme.

Luc 12:15 LSG Puis il leur dit: Gardez-vous avec soin de toute avarice; car la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l’abondance.

L’avarice est une attitude de quelqu’un qui aime l’argent de manière excessive et refuse de le dépenser ou de le partager, même quand c’est nécessaire ou juste.

Mais dans l’évangile de Luc qu’on vient de lire, Jésus ne parle pas seulement d’avarice financière. Le mot grec utilisé, πλεονεξία (pleonexia), est beaucoup plus large : il désigne le désir d’avoir “toujours plus”, quel que soit l’objet convoité.

Dans la Bible, πλεονεξία (pleonexia) ne désigne pas seulement l’amour de l’argent, mais toute avidité qui pousse à vouloir toujours davantage. Elle peut se manifester, par exemple, par :

  1. la soif de posséder (biens, sécurité, confort) : Luc 12:15, 1 Timothée 6:9-10
  2. la recherche excessive d’honneur ou de statut : Jean 5:44, Matthieu 23:6-7
  3. le désir de pouvoir ou de domination : Jacques 3:14-16, Marc 10:42-45
  4. l’insatisfaction permanente, vouloir toujours plus : Ecclésiaste 5:9
  5. la convoitise de ce qui appartient à autrui, même dans les relations : Proverbes 27:20

On peut comprendre ces paroles comme avoir un cœur qui n’est jamais rassasié, qui pense que la vie dépend de ce qu’il peut accumuler.

Col 3:5 LSG Faites donc mourir les membres qui sont sur la terre, l’impudicité, l’impureté, les passions, les mauvais désirs, et la cupidité, qui est une idolâtrie.

***

Guéhazi

Judas n’est pas un cas isolé dans l’histoire de la Bible, il y a également un personnage qu’on retrouve dans l’AT dont les points communs avec Judas sont frappantes.

Je veux parler de Guéhazi, le serviteur d’Elisée qui va montrer une certaine cupidité à l’argent et va s’adonné au mensonge. Mais d’abord, regardons le contexte et comment se serviteur est introduit dans cette histoire qui nous ait écrit dans le 2ème livre des Rois.

Le personnage de Guéhazi apparaît pour la première fois dans la Bible en 2 Rois 4:12, sans généalogie ni introduction particulière : il est simplement présenté comme le serviteur d’Élisée. Le texte ne donne aucune indication sur son origine ou sa famille, mais il est présenté comme le serviteur proche d’Élisée, probablement un jeune assistant selon l’usage du mot hébreu na‘ar pour les serviteurs.

Il va suivre et servir Elisée, un homme de Dieu choisi pour guider le peuple d’Israel et parler de la part de l’Eternel aux Rois de l’époque.

Elisée vivait de manière « sobre » mais exemplaire au regard de ceux qui le rencontrait mais aussi aux yeux de son serviteur.

Nous savons qu’Elisée a quitté sans aucun regret une vie « aisée » auprès de ses parents pour suivre le prophète Elie et vivre dans une pauvreté semblable à celle de notre Seigneur.

1Ro 19:19-20 LSG 19 Elie partit de là, et il trouva Elisée, fils de Schaphath, qui labourait. Il y avait devant lui douze paires de bœufs, et il était avec la douzième. Elie s’approcha de lui, et il jeta sur lui son manteau. 20 Elisée, quittant ses bœufs, courut après Elie, et dit: Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, et je te suivrai. Elie lui répondit: Va, et reviens; car pense à ce que je t’ai fait.

Le passage en 2 Roi 4:8 à 37, on peut lire l’obéissance et la fidélité de Guéhazi envers son maître Elisée :

  1. Il va dire à Elisée le désir secret de la Sunamite d’avoir un enfant car elle n’en n’avait pas eu jusque-là
  2. Plus tard, lorsque ce fils mourra et qu’Elisée l’appris, il envoie Guéhazi poser son bâton sur le visage du garçon mais qui revient pour informer son maître que cela n’a pas aidé à faire revenir le garçon à la vie.

Ce n’est que plus tard, lorsque Naaman, le chef de l’armée du roi de Syrie qui avait une grande considération et qui était lépreux vient se faire guérir auprès du prophète d’Israël.

Après s’être plongé 7 fois dans le jourdain selon la parole d’Elisée, il redevint pur et souhaite offrir des cadeaux à Elisée pour le récompenser or Naaman est venu avec dix talents d’argents, six mille pièces d’or et dix vêtements de rechange (2 Roi 5:5).

Elisée refuse d’être payé car la grâce de Dieu n’est pas à vendre et un miracle ne doit pas être associé à un échange financier.

Cependant, Guéhazi va courir rattrapé Naaman pour lui mentir et lui soutirer de l’argent et des vêtements. Il va recevoir 2 talents d’argent et deux habits de rechange de la part du chef de l’armée guérit comme c’est écrit en 2 Roi 5:23.

« Si l’on compare les 2 talents d’argent reçus par Guéhazi aux 30 pièces d’argent de Judas, en supposant qu’un talent vaut environ 3 000 sicles, cela représenterait environ 200 fois plus. Toutefois, cette comparaison reste approximative, car les époques et les systèmes monétaires diffèrent. »

Cependant on voit tout de même la différence entre ces 2 personnages :

  • Guéhazi agit par cupidité personnelle
  • Judas agit par trahison, car après avoir livré son maître, il va jeter ses pièces dans le temps selon Matthieu 27:5

***

Retenons et partageons les paroles de l’Apôtre Paul faite à Timothée, particulièrement à nos jeunes qui sont plus susceptible à être séduit par l’enrichissement terrestre :

1 Timothée 6:10 – « Car l’amour de l’argent est une racine de tous les maux ; et quelques-uns, en le convoitant, se sont égarés loin de la foi et se sont transpercés eux-mêmes de beaucoup de douleurs. »

Gardons dans notre cœur la recommandation de l’Apôtre Paul faite aux hébreux :

Hébreux 13:5 – « Que votre conduite ne soit pas guidée par l’amour de l’argent ; contentez-vous de ce que vous avez, car Dieu lui-même a dit : Je ne te délaisserai point, et je ne t’abandonnerai point. »

Si nous savons que Judas prenait dans la bourse, pourquoi a-t-il vendu son maître pour seulement trente pièces d’argent ? Et d’ailleurs, que représentait réellement cette somme à l’époque ?

Selon Livre de Zacharie 11:12, la somme de trente pièces d’argent correspond probablement à trente sicles, car ce passage sert de référence dans Évangile selon Matthieu 26:15. Un sicle était une unité de poids d’environ 11 à 12 grammes d’argent. Trente sicles représentent donc environ 330 à 360 grammes d’argent. Au cours actuel de l’argent, cela correspondrait à quelques centaines d’euros.

Cependant, cette comparaison moderne est limitée. Dans l’Antiquité, la valeur d’une somme se mesure plutôt en jours de travail. D’après les évangiles, un denier était le salaire d’une journée d’ouvrier agricole (Évangile selon Matthieu 20:2). Or beaucoup d’historiens estiment que les trente pièces d’argent représentaient environ un mois de salaire.

Ainsi, cette somme peut paraître modeste, surtout au regard de la gravité de l’acte et de ses conséquences.

Si la fin de Judas fut la mort, celle de Guéhazi fut d’être frappé de la lèpre.

2Ro 5:26-27 LSG 26 Mais Elisée lui dit: Mon esprit n’était pas absent, lorsque cet homme a quitté son char pour venir à ta rencontre. Est-ce le temps de prendre de l’argent et de prendre des vêtements, puis des oliviers, des vignes, des brebis, des bœufs, des serviteurs et des servantes? 27 La lèpre de Naaman s’attachera à toi et à ta postérité pour toujours. Et Guéhazi sortit de la présence d’Elisée avec une lèpre comme la neige.

Une chose importante est également souligné dans ce passage dans le livre des Rois, c’est que ce qui nous semble être fait en secret ne l’ait pas vraiment, l’Esprit de Dieu est partout et voit tout même jusqu’à sonder nos cœurs.

La bénédiction jusqu’à la 1000ème génération

Le verset 27 que nous venons de lire m’interpelle particulièrement, car, à première vue, on pourrait interpréter les paroles d’Élisée comme indiquant que la punition ne s’arrête pas à Guéhazi, mais s’étendrait à sa postérité pour toujours. Pourquoi la punition de Guéhazi pour sa cupidité devrait-elle toucher ses enfants, ses petits-enfants et au-delà ?

Je ne pense pas que l’on doive interpréter les paroles d’Élisée comme une sanction héréditaire :

  • La médecine a montré que la lèpre ne se transmet pas génétiquement et donc n’est pas héréditaire.
  • Selon Ézéchiel 18 qui est un beau chapitre que je recommande de lire à ce sujet et qui montre que la culpabilité héréditaire n’est pas automatique :
    • Verset 17 « Le fils ne portera pas la faute du père. »
    • Verset 20 « L’âme qui pèche, c’est celle qui mourra. »
  • Nous pouvons voir La lèpre comme symbole de :
    • l’impureté,
    • la corruption morale,
    • l’avidité

Exo 20:5-6 LSG 5 … car moi, l’Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, 6 et qui fais miséricorde jusqu’en mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.

Ces belles paroles en Exode montre au combien Dieu fait miséricorde à beaucoup plus générations à condition de garder ses commandements, les transmettre à notre descendance et de l’aimer de tout son cœur et de tout son âme.

  1. Le rôle du libre arbitre et des choix personnels

C’est avec cette éducation et ayant en tête les paroles en Roi ou en Exode que certainement les apôtres ont grandi et ont légitiment poser la question à Jésus comme on se poserait la question aujourd’hui :

Jea 9:1-3 LSG 1 Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance. 2 Ses disciples lui firent cette question: Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? 3 Jésus répondit: Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui.

Cette idée que toute souffrance ou infirmité de quelqu’un devait forcément être la conséquence directe d’un péché personnel ou familial va être renversé par notre Seigneur en montrant que :

  • la souffrance n’est pas toujours liée à une faute morale,
  • Dieu peut se révéler précisément dans la fragilité humaine,
  • la guérison devient un signe de la lumière qu’il apporte au monde.

***

Par contre, regardons maintenant un autre aspect de ce « baiser de Judas », celui du libre arbitre et de la possibilité ou non de changer son destin.

Si nous avons vu quels sont les dangers de la cupidité et le résultat de l’amour de l’argent, il est légitime de se poser la question : est-ce que Judas avait-il la possibilité de se repentir ? Avait-il une chance de ne pas livrer son maître ?

Et pour nous, avons-nous la possibilité de nous repentir ou tout est écrit déjà à l’avance ?

Ecrit d’avance dans les prophéties

Des siècles avant la naissance de notre Seigneur, le psalmiste David prophétise déjà au sujet de la trahison mais sans nommer le nom de Judas :

Psa 41:9 LSG Celui-là même avec qui j’étais en paix, Qui avait ma confiance et qui mangeait mon pain, Lève le talon contre moi.

Y compris ce qui peut nous sembler être un détail, a été également prophétisé, je veux dire la somme exacte de trente pièces d’argent qu’on peut lire en Zacharie :

Zac 11:12-13 LSG 12 … Et ils pesèrent pour mon salaire trente sicles d’argent. 13 L’Eternel me dit: Jette-le au potier, ce prix magnifique auquel ils m’ont estimé!

Alors est-ce que Judas a été choisi délibérément pour accomplir les prophéties et n’avait aucun libre arbitre sur ses choix ?

Une chose est sûr, c’est que c’est bien Jésus qui a choisi ses apôtres en accord avec le choix de son père comme l’indique les évangiles de Marc et Luc :

  • Mar 3:13-15 LSG 13 Il monta ensuite sur la montagne; il appela ceux qu’il voulut, et ils vinrent auprès de lui. 14 Il en établit douze, pour les avoir avec lui, et pour les envoyer prêcher 15 avec le pouvoir de chasser les démons.
  • Luc 6:12-13 LSG 12 En ce temps-là, Jésus se rendit sur la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. 13 Quand le jour parut, il appela ses disciples, et il en choisit douze, auxquels il donna le nom d’apôtres:

Cependant, notre Seigneur en soulignant à ses apôtres que c’est lui-même qui les a choisi va aussi rajouter que l’un des douze est un démon :

Jea 6:70-71 LSG 70 Jésus leur répondit: N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les douze? Et l’un de vous est un démon! 71 Il parlait de Judas Iscariot, fils de Simon; car c’était lui qui devait le livrer, lui, l’un des douze.

Il est intéressant de remarquer que les écritures ne nous indiquent pas comment les apôtres ont réagis à ce qu’a dit leur maître contrairement au souper le soir de la Pâque, où Jésus va dire :

Mat 26:21-22 LSG 21 Pendant qu’ils mangeaient, il dit: Je vous le dis en vérité, l’un de vous me livrera. 22 Ils furent profondément attristés, et chacun se mit à lui dire: Est-ce moi, Seigneur?

Jésus confirme par ses paroles que l’un d’entre eux le livrera et il va le livrer car les écritures le confirme. Par contre, Judas va avoir des remords, et il va jeter les pièces qu’il a reçus dans le temple :

Mat 27:5 LSG Judas jeta les pièces d’argent dans le temple, se retira, et alla se pendre.

Ce qui devait arriver arriva, mais au lieu de se repentir et demander pardon pour son acte, il va préférer ôter sa vie comme s’il n’y avait pas d’autre choix, comme si Dieu ne pouvait lui pardonner pour son crime.

Contraste entre Judas et Pierre

Un autre apôtre va renier le Seigneur, chose qui a été également « prédit » par le Seigneur:

Jea 13:37-38 LSG 37 Seigneur, lui dit Pierre, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant? Je donnerai ma vie pour toi. 38 Jésus répondit: Tu donneras ta vie pour moi! En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois.

L’apôtre Pierre avait la possibilité de changer ça mais pourtant ce qui a été dit quelques heures avant va se réaliser :

Mar 14:72 LSG Aussitôt, pour la seconde fois, le coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite: Avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois fois. Et en y réfléchissant, il pleurait.

Dans le cas de Pierre, il va se repentir, il ne va pas simplement se rappeler des paroles de Jésus mais il va pleurer amèrement, son cœur se repentit sincèrement en demandant pardon à son maître.

Si Dieu voit tout, sait tout même avant la naissance comme l’indique le Psalmiste :

Psa 139:16 LSG Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient; Et sur ton livre étaient tous inscrits Les jours qui m’étaient destinés, Avant qu’aucun d’eux existât

Cependant, Dieu laisse la possibilité à chacun d’entre nous de changer, de reconnaître que tout est entre les mains de notre Père qui est dans les cieux. Prions sincèrement et pleurons amèrement pour demander miséricorde à Dieu comme l’a fait le Roi Ezéchias pour prolongé sa vie.

Exemple du roi Ezéchias

2Ro 20:5-6 LSG  5 … Ainsi parle l’Eternel, le Dieu de David, ton père: J’ai entendu ta prière, j’ai vu tes larmes. Voici, je te guérirai; le troisième jour, tu monteras à la maison de l’Eternel. 6 J’ajouterai à tes jours quinze années

Même s’il est une chose résolue pour Dieu, l’homme, de par sa nature faite à l’image de Dieu, a la possibilité de se repentir et de changer son destin. L’homme est libre de prendre les décisions qu’elles soient bonne ou mauvaise.

Dans l’étude XV du Volume 6 à la page 694, le frère Russell va écrire une chose très intéressante et pertinente que je voulais partager avec vous :

Il n’a pas plu à Dieu de créer aucune de ses créatures intelligentes comme de simples machines, incapables de changer les mobiles de leurs actes et de leur conduite. Au contraire, il lui a plu de créer toutes ses créatures moralement intelligentes, à sa propre ressemblance ou image, étant parfaitement libres de suivre ce qui est droit, vrai, pur, bon, conformément à son propre exemple et à ses préceptes, mais également avec la faculté de modifier leur ligne de conduite ou de la changer complètement et de se rebeller contre sa loi de justice.

Dieu n’attend pas de nous à être des machines, autrement Adam et Eve n’auraient jamais pêché et il n’y aurait pas de rançons par la mort sur la croix par notre Seigneur Jésus et par conséquent il n’y aurait pas non plus d’appel à faire partie de l’Eglise de Christ.

Aujourd’hui l’intelligence artificielle est capable de connaître et de restituer toute la Bible et des leçons morales qu’on peut en tirer et pourtant, ce n’est qu’une machine, un programme informatique; Dieu nous a laisser à disposition les commandements, les évangiles, les prophéties, les paraboles et toutes autres instructions des Saintes écritures pour apprendre à aimer notre créateur, notre Seigneur mais aussi à nous aimer les uns les autres.

Dans le même volume et la même étude mais un peu plus loin à la page 704, il est écrit encore :

De par sa constitution, l’homme est une image de Dieu, et, comme tel, un être libre, indépendant. Cette idée s’étend à son action morale, d’où l’expression : l’homme est un “ libre agent moral ”. Quel que soit le degré de privation de sa liberté qu’il peut subir, ou quel que soit le degré de l’esclavage dans lequel il peut tomber soit envers les personnes, soit envers ses propres appétits, néanmoins, son action morale est libre : il est libre de vouloir, d’employer son esprit de la manière dont il l’entend. S’il veut soumettre son esprit à la volonté de l’Éternel, il peut le faire ; s’il veut se soumettre à une influence mauvaise, il le peut, et s’il veut être indépendant à la fois de Dieu et des influences mauvaises, il le peut encore, dans la mesure où ses facultés physiques et son jugement mental le permettront ;

Nous n’avons pas de doute que l’homme a un libre choix moral sur sa vie même si de Dieu connaît tout à l’avance comme l’indique :

  • L’Apôtre Paul en Galates 1:15

« Mais, lorsqu’il plut à Dieu, qui m’a mis à part dès le sein de ma mère… »

  • L’Apôtre Pierre en 1 Pierre 1:19–20 :

« …par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache,

prédestiné avant la fondation du monde, et manifesté à la fin des temps à cause de vous. »

Faisons tous nos efforts pour nous soumettre entièrement à sa volonté pour que mes choix soient en accord avec ceux de notre Seigneur et gardons en mémoire ceux qui ont eu la possibilité de changer leur destin.

Conclusion

Nous arrivons au terme de nos réflexions et avons vu ensemble trois leçons importantes :

  1. Le danger de la cupidité et de l’amour de l’argent.
  2. L’importance de la repentance.
  3. Notre libre arbitre et nos choix personnels.

Faisons les meilleurs choix dans nos vies avec prières et supplications. Corrigeons autant que possible notre trajectoire lorsque nous nous égarons ou n’agissons pas de la meilleure manière.

Nous partageons le même sentiment de tristesse lorsque nous voyons des frères se quereller et se séparer, lorsque des jeunes se désintéressent de la vérité, ou lorsque certains montrent plus d’intérêt à leurs succès personnels et professionnels qu’à la vérité.

Vivons sobrement, comme l’ont fait les prophètes, et comme l’indique l’apôtre Paul :

Philippiens 4:6 Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces.

Gardons également à l’esprit que Dieu pardonne à ceux qui se repentent sincèrement et amèrement :

Psa 32:1-2 LSG 1 Heureux celui à qui la transgression est remise, A qui le péché est pardonné! 2 Heureux l’homme à qui l’Eternel n’impute pas d’iniquité, Et dans l’esprit duquel il n’y a point de fraude!

Amen