Auteur : Henri P. , Conférence de Pâque, le 05/04/2026, Vigy
– Sujet #06 –
En entendant ce titre, je vous demande de ne pas avoir le réflexe de ne penser qu’à Marthe qui s’occupait des tâches ménagères pendant que Marie écoutait consciencieusement les paroles du Maître en laissant toutes ces tâches à sa sœur.
C’est en Luc 10 : 38-42 que nous est rapportée cette scène. Nous lisons :
« 38 Comme Jésus était en chemin avec ses disciples, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison.
39 Elle avait une sœur, nommée Marie, qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.
40 Marthe, occupée à divers soins domestiques, survint et dit : Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir ? Dis-lui donc de m’aider.
41 Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses.
42 Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée. »
Cette lecture nous montre que toutes deux aimaient le Sauveur, mais qu’elles ont manifesté leur amour différemment. Jésus n’a pas désapprouvé Marthe et ses attentions comme cuisinière en pourvoyant à son confort ; mais Il a particulièrement apprécié l’esprit de Marie, qui l’attira à ses pieds pour écouter les merveilleuses paroles de vie. Elle a choisi la meilleure part, dit Jésus. Ainsi donc, dans notre service pour le Maître, ayons cela à l’esprit qu’Il se réjouit particulièrement lorsque nous prêtons une attention sérieuse à ses paroles et cherchons à être remplis et guidés par son Saint Esprit.
Le titre de mon exposé « Soyons de la classe de Marie » ne veut absolument pas dire qu’il ne doit y avoir que des Marie et plus aucune Marthe. Ce n’est pas l’objectif de mon sujet. Nous comprendrons la vraie signification de cette classe de Marie dans le cours du développement du sujet.
Je souhaite donc vous parler aujourd’hui d’un fait rapporté dans trois évangiles duquel nous pouvons tirer des leçons utiles pour notre développement spirituel. Il s’agit d’une action mémorable accomplie par une femme, Marie, envers notre Seigneur. A son image, nous devrions être nombreux à « faire ce que nous pouvons » pour entendre le « C’est bien, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître » prononcé par notre Maître en Matthieu 25 : 21, 23.
La scène qui nous intéresse se trouve en Marc 14 : 1-9, en Jean 12 : 1-8 et en Matthieu 26 : 6-13.
Marc 14 : 1-9 :
« 1 La fête de Pâque et des pains sans levain devait avoir lieu deux jours après. Les principaux sacrificateurs et les scribes cherchaient les moyens d’arrêter Jésus par ruse, et de le faire mourir.
2 Car ils disaient : Que ce ne soit pas pendant la fête, afin qu’il n’y ait pas de tumulte parmi le peuple.
3 Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, une femme entra, pendant qu’il se trouvait à table. Elle tenait un vase d’albâtre, qui renfermait un parfum de nard pur de grand prix ; et, ayant rompu le vase, elle répandit le parfum sur la tête de Jésus.
4 Quelques-uns exprimèrent entre eux leur indignation : A quoi bon perdre ce parfum ?
5 On aurait pu le vendre plus de trois cents deniers, et les donner aux pauvres. Et ils s’irritaient contre cette femme.
6 Mais Jésus dit : Laissez-la. Pourquoi lui faites-vous de la peine ? Elle a fait une bonne action à mon égard ;
7 car vous avez toujours les pauvres avec vous, et vous pouvez leur faire du bien quand vous voulez, mais vous ne m’avez pas toujours.
8 Elle a fait ce qu’elle a pu ; elle a d’avance embaumé mon corps pour la sépulture.
9 Je vous le dis en vérité, partout où la bonne nouvelle sera prêchée, dans le monde entier, on racontera aussi en mémoire de cette femme ce qu’elle a fait. »
Jean 12 : 1-8 :
« 1 Six jours avant la Pâque, Jésus arriva à Béthanie, où était Lazare, qu’il avait ressuscité des morts.
2 Là, on lui fit un souper ; Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui se trouvaient à table avec lui.
3 Marie, ayant pris une livre d’un parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus, et elle lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et la maison fut remplie de l’odeur du parfum.
4 Un de ses disciples, Judas Iscariot, fils de Simon, celui qui devait le livrer, dit :
5 Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers, pour les donner aux pauvres ?
6 Il disait cela, non qu’il se mît en peine des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et que, tenant la bourse, il prenait ce qu’on y mettait.
7 Mais Jésus dit : Laisse-la garder ce parfum pour le jour de ma sépulture.
8 Vous avez toujours les pauvres avec vous, mais vous ne m’avez pas toujours. »
Matthieu 26 : 1-13 :
« 1 Lorsque Jésus eut achevé tous ces discours, il dit à ses disciples :
2 Vous savez que la Pâque a lieu dans deux jours, et que le Fils de l’homme sera livré pour être crucifié.
3 Alors les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple se réunirent dans la cour du souverain sacrificateur, appelé Caïphe ;
4 et ils délibérèrent sur les moyens d’arrêter Jésus par ruse, et de le faire mourir.
5 Mais ils dirent : Que ce ne soit pas pendant la fête, afin qu’il n’y ait pas de tumulte parmi le peuple.
6 Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux,
7 une femme s’approcha de lui, tenant un vase d’albâtre, qui renfermait un parfum de grand prix ; et, pendant qu’il était à table, elle répandit le parfum sur sa tête.
8 Les disciples, voyant cela, s’indignèrent, et dirent : A quoi bon cette perte ?
9 On aurait pu vendre ce parfum très cher, et en donner le prix aux pauvres.
10 Jésus, s’en étant aperçu, leur dit : Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? Elle a fait une bonne action à mon égard ;
11 car vous avez toujours des pauvres avec vous, mais vous ne m’avez pas toujours.
12 En répandant ce parfum sur mon corps, elle l’a fait pour ma sépulture.
13 Je vous le dis en vérité, partout où cette bonne nouvelle sera prêchée, dans le monde entier, on racontera aussi en mémoire de cette femme ce qu’elle a fait. »
On constate, à la lecture de ces récits, quelques différences, à savoir :
- Quand cette scène a-t-elle eu lieu ?
- Sur quelle partie du corps du Seigneur le parfum a-t-il été versé ?
- Qui a fait cette remarque désobligeante à laquelle le Seigneur a répondu ?
Comme l’ensemble de la Bible, les Évangiles sont des écrits inspirés. Ils ne peuvent pas se contredire. Ils ne peuvent que se compléter. Il nous faut donc les harmoniser. Chacun des Évangélistes ― Matthieu, Marc (qui écrivait sous la dictée de Pierre) et Jean ― a rapporté les faits selon sa façon de les voir (pour l’un tel aspect était important, pour l’autre tel autre aspect l’était).
J’ai trouvé qu’il est extrêmement difficile de définir avec précision la chronologie des évènements, mais le frère Russell a écrit en 1910 dans la WT4702 : « Le festin à Béthanie … a peut-être eu lieu dans la nuit précédant la trahison de notre Seigneur, c-à-d deux jours avant la fête de la Pâque. Mais l’opinion générale semble être qu’il a eu lieu le soir du sabbat précédant l’entrée triomphale à Jérusalem. Cela n’a toutefois pas d’importance. Un tel festin a bien eu lieu. Jésus et ses disciples y étaient présents. C’est au cours du repas qu’une femme s’approcha avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très précieux. Elle le versa sur la tête de Jésus et toute la pièce fut envahie par son parfum. Cette femme était Marie, la sœur de Lazare et de Marthe. » (Fin de citation).
Nous ne nous attarderons donc pas davantage sur la chronologie des évènements ; nous nous contenterons de ce que nous dit cette WT.
Par contre, nous verrons les autres interrogations au fil du sujet.
Où se passait cette scène ? Qui y était présent ?
La dernière semaine du ministère terrestre de notre Seigneur fut très chargée. Six jours avant la Pâque notre Seigneur et ses disciples furent reçus à Béthanie (Jean 12 : 1). De cet endroit ils se déplaçaient vers Jérusalem pour accomplir les différents évènements qui nous sont rapportés dans les Évangiles tels l’entrée triomphale à Jérusalem sur un ânon (Jean 12 : 12-19), l’enseignement donné dans le temple (Marc 11 : 11), les vendeurs chassés du temple (Luc 19 : 45-48), l’institution de la commémoration (Marc 14 : 12-26). Béthanie était le lieu de résidence de notre Seigneur quand Il venait en Judée.
Notre Seigneur était donc un visiteur dans cette région. Sa demeure se trouvait en réalité en Galilée, et Il y passait la plupart de son temps, car selon Jean 7 : 1. « Jésus parcourait la Galilée, car il ne voulait pas séjourner en Judée, parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir. » Mais le moment de son sacrifice étant venu, Il vint en Judée parmi ses ennemis, bien qu’il fût connu que des Juifs éminents cherchaient à Le tuer.
C’est dans cet intervalle de six jours qu’eut lieu la scène qui fait l’objet de notre analyse. Nous pouvons supposer qu’il ne s’agissait pas d’un souper ordinaire, mais plutôt d’une fête ou d’un banquet en l’honneur de notre Seigneur.
Jésus et ses disciples étaient les invités d’honneur de Lazare, celui que Jésus avait réveillé après avoir passé trois jours dans le tombeau. Il est écrit qu’ils se retrouvèrent dans la maison de Simon le lépreux qui, vraisemblablement, était déjà mort. Jésus était l’invité d’honneur et ses disciples partageaient cet honneur avec Lui. Marthe et Marie, ainsi que Lazare, étaient leurs hôtes.
Quelle action Marie a-t-elle faite ?
Le souper avait progressé, lorsque Marie entra, portant un vase rempli d’un parfum de très grande valeur. Elle en versa une partie du contenu sur la tête de Jésus, selon les Évangiles de Matthieu et de Marc, et elle versa ensuite une partie de ce même parfum sur ses pieds, selon l’Évangile de Jean. La maison fut remplie de son odeur et Jésus fut ainsi honoré.
En Orient, les tables étaient en réalité une combinaison de lits de repos et de tables, et l’on dépeint les convives comme se reposant à un festin. Il était de coutume d’être en position allongée en s’appuyant sur un coude tandis que l’autre main servait à porter la nourriture à la bouche. Notre Seigneur reposant ainsi, sa tête et ses pieds étaient aisément accessibles à Marie qui put oindre d’abord la tête et ensuite les pieds avec ce parfum de nard pur.
Marie voulait marquer son profond respect, ainsi que sa profonde révérence. Il ne fait aucun doute que Marie considérait que son ami Jésus, qu’elle estimait au plus haut point et qui avait ramené son frère de la tombe, n’était personne d’autre que le Messie, le Fils et le Représentant de l’Éternel Dieu. La révérence qu’elle ressentait pour l’Éternel, elle cherchait à l’exprimer envers son Représentant le plus élevé, Jésus.
L’emploi de parfums coûteux était très rare ; même les empereurs s’en servaient avec parcimonie, et lorsqu’on l’employait, il était généralement répandu sur la tête. Marie suivit cette coutume en le répandant sur la tête du Seigneur ; puis elle passa à ses pieds et les oignit du parfum, et ensuite les essuya avec les longues boucles de sa chevelure.
Quel tableau de dévotion nous est donné ici. Les pieds, — toujours reconnus comme les membres les moins honorables et les plus souillés du corps humain — et les cheveux, — reconnus pour être un trésor spécial et la gloire de la femme —, sont réunis ici d’une manière signifiant que Marie estimait son Seigneur et Maître comme étant infiniment supérieur à elle-même.
Elle L’avait d’abord reconnu comme le plus merveilleux des hommes, parlant comme jamais homme n’avait parlé ; elle était ensuite arrivée à comprendre qu’Il était un grand maître, envoyé spécialement dans un temps particulier ; et, finalement, par le réveil de Lazare du sommeil de la mort, elle avait l’assurance que le pouvoir du Tout-Puissant était en Lui, qu’Il n’était nul autre que le Fils de Dieu, et d’une manière convenable elle Lui rendit l’honneur dû à sa position élevée.
Elle ne pouvait pas L’élever au trône terrestre, mais elle voulut montrer qu’elle était sa servante dévouée pour toujours ; elle ne pouvait pas Lui rendre gloire devant tout le peuple d’Israël, mais elle pouvait Lui rendre gloire et L’honorer dans sa propre maison ; elle ne pouvait pas raconter ses louanges, ni chanter sa dignité, mais elle pouvait chanter et psalmodier dans son cœur, et répandre sur Lui un parfum qui non seulement remplit sa maison d’une suave odeur, mais qui suivit sa mémoire depuis lors jusqu’au temps présent.
Certains murmurèrent
Alors, s’éleva un murmure : « A quoi bon cette perte ? » « A quoi bon perdre ce parfum ? » « Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers, pour les donner aux pauvres ? »
C’est grâce à l’Apôtre Jean que nous apprenons que le conducteur de ceux qui murmuraient, était Judas et que, de toute évidence, comme le sous-entendent les rapports de Marc et de Matthieu, certains furent influencés par ses paroles. Ils partageaient plus vivement et plus entièrement ses sentiments que le reste des apôtres qui eux, étant probablement influencés par la majorité, étaient disposés à consentir et à reconnaître que cette extravagance était déplacée et que la dépense était exagérée.
Judas se faisait l’ami des pauvres, suggérant ainsi que ses regrets n’étaient pas égoïstes, ou personnels, mais qu’il pensait au bien qui aurait pu être fait aux autres.
Les Apôtres apprirent, ultérieurement, que son langage était hypocrite. Jésus, à ce moment-là, discerna la colère de Judas qui poussa ce dernier à outrager ouvertement l’une des hôtesses, en cette circonstance. L’Apôtre Jean nous révèle que cette colère provenait de ce que cet argent ne lui avait pas été donné ; il était, en effet, le trésorier du petit cercle de disciples, il était chargé de tenir la bourse et, comme ils l’apprirent par la suite, c’était un voleur qui, en privé, mettait de l’argent de côté pour lui-même, c’est ce que nous lisons en Jean 12 : 6 : « Il disait cela, non qu’il se mît en peine des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et que tenant la bourse, il prenait ce qu’on y mettait. »
Le Seigneur montra son approbation
La pauvre Marie a dû se sentir profondément blessée, en entendant une critique aussi acerbe. Mais Jésus vint à son secours, disant : « Laissez-la tranquille. Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? Elle a fait une bonne action à mon égard ; elle a fait ce qu’elle a pu ; elle a oint mon corps pour sa sépulture. Vous avez toujours des pauvres avec vous, et vous pouvez leur faire du bien quand vous le voulez ; mais Moi, vous ne m’aurez pas toujours. » ― Marc 14 : 6-8.
L’approbation du Maître a très certainement réconforté Marie et, partout où l’Évangile du Seigneur a été prêché, l’histoire de son affectueuse dévotion, allant jusqu’au sacrifice d’une somme considérable (environ une année de travail) et, probablement, jusqu’à un renoncement de soi tout aussi considérable, a été racontée en sa mémoire, non pas simplement pour l’honorer, mais spécialement pour inspirer et encourager d’autres membres du peuple de Dieu, en vue du développement et de l’exercice d’un amour qui prend un plaisir extrême dans le service, voire même dans le sacrifice qui fait appel à de grandes dépenses.
L’occasion pour honorer le Seigneur était limitée — encore un peu de temps et ses souffrances seraient terminées, bientôt Il serait glorifié.
Il était donc raisonnable que Marie dépensât une grande somme pour son Seigneur, et que la tête, sur laquelle allaient tomber les calomnies et les malédictions des principaux sacrificateurs et docteurs de la loi de ce temps, et sur laquelle la couronne d’épines allait bientôt être placée, fût maintenant honorée par une personne d’entre le petit nombre de ceux qui avaient conscience de sa vraie dignité, de sa réelle grandeur, de sa royauté, et qui comprenait qu’Il était réellement le Fils de Dieu.
Il était approprié aussi que les pieds qui avaient foulé les vallées et les collines de la Palestine, et qui parfois étaient si fatigués, qui symbolisaient les pieds de consécration foulant le sentier étroit et rugueux, et qui bientôt seraient percés par les clous de la croix, fussent maintenant hautement honorés par quelqu’un qui les appréciait, qui se confiait en eux, qui les aimait et qui s’efforçait de marcher sur les traces du Maître.
Lorsque nous comprenons bien la situation, nous pouvons interpréter l’expression employée par notre Seigneur : « Laissez-la », c’est-à-dire ne la troublez pas, ne lui enlevez pas — comme si, lorsque le premier mouvement fut fait pour répandre le parfum, les apôtres eussent désiré le retenir pour le vendre, et qu’ainsi le Seigneur les eut empêchés de la dissuader, disant : Laissez-la, ne l’empêchez pas.
Si Marie avait encore attendu quelques jours, elle n’aurait pu employer son parfum que pour elle-même et non pas pour le Seigneur. En effet, quelques jours après cette onction, notre Seigneur était enseveli, sa tombe était scellée, les soldats romains la gardaient, et Marie n’aurait donc plus eu l’occasion de répandre son parfum sur son corps mort. Combien il est préférable qu’elle ait profité de l’occasion avant la mort du Maître, qu’elle Lui ait montré son dévouement pendant qu’Il était encore son invité !
Quelles leçons pour nous ?
Le parfum de Marie représente l’un des plus beaux éléments du caractère chrétien parmi le peuple du Seigneur depuis ce jour-là jusqu’à maintenant.
Rappelons-nous que l’Église de Christ tout entière est le « corps de Christ », comme cela est exprimé par Jésus et les apôtres. La classe de Marie, qui achèterait un tel parfum de grand prix pour servir l’Église ointe, le corps de Christ, plutôt que de le dépenser pour elle-même, est encore avec nous, et a fait partie de l’Église pendant tout l’Âge de l’Évangile. Non seulement la Tête du corps fut ointe, parfumée, honorée, réconfortée, encouragée, mais tous les membres ont depuis ce temps-là reçu aussi une bénédiction de cette classe, cette classe du parfum de Marie. Elle n’est pas toujours composée d’orateurs, de membres fortunés ou de sages — son ministère est fait sans se faire remarquer, sans vouloir paraître et, pour beaucoup, particulièrement pour les gens du monde, cette classe de Marie semble insensée, sans valeur — mais le Seigneur l’apprécie et les membres de son corps qui sont ainsi réconfortés et rafraîchis l’apprécie aussi. Bénie soit cette classe de Marie !
Nous sommes maintenant à la fin de l’âge de l’Évangile, de plus en plus près de sa clôture — la Tête, notre Chef, a été glorifiée, beaucoup des membres du corps sont déjà passés au-delà du voile, et seuls les pieds sont encore ici. Il est possible que ce tableau de Marie oignant les pieds de notre Seigneur aussi bien que sa tête constitue un type ou une figure de ce à quoi nous pouvons nous attendre dans le temps présent. On voit ici apparaître un trait merveilleux de l’arrangement divin : Nous pouvons tous être de la classe de Marie, et en même temps de la classe des pieds. En d’autres termes, chaque membre du corps de Christ peut d’une façon ou d’une autre servir les autres membres du corps, les membres-pieds, de même que Marie servit les pieds de Jésus.
Que chacun d’entre-nous, dans la mesure où il est sincère, prenne la résolution, en étudiant cette scène rapportée dans les Évangiles, que, par la grâce de Dieu, il se joindra à la classe de Marie, se procurera du parfum de grand prix et le répandra sur les pieds du corps de Christ — l’Église — les vrais membres. Ceci signifiera répandre l’amour, la sympathie, la bonté, la douceur, la patience, l’assistance, le réconfort. Ceci signifiera un grand et croissant développement de tous les fruits et de toutes les grâces de l’Esprit qui, combinés, se nomment l’amour.
Que chacun se rappelle que, tandis qu’il est impossible pour nous de faire comme Marie fit en répandant un parfum de grand prix sur les pieds du Maître, c’est le privilège de chacun de faire des choses encore plus importantes les uns pour les autres, pour les frères de Christ qui sont encore dans le monde, les membres-pieds de son corps.
Le parfum de Marie fut littéral et avec le temps il perdit sa vertu ; mais tous les petits actes de bonté et d’entraide faits à l’heure actuelle ne perdront jamais leur mérite aux yeux de notre Seigneur ni leur parfum dans l’appréciation mutuelle. Les petits riens de la vie, les petits mots, les petits signes, les regards bienveillants, les petits services, ces choses-là, et non pas de grandes choses, sont nos possibilités, nos parfums les uns pour les autres.
Marie lava les pieds de notre Seigneur avec du parfum, et la classe de Marie, la classe la plus aimante et la plus dévouée dans l’Église, doit faire preuve d’entraide, doit se laver les pieds les uns les autres, et elle doit le faire non pas de la manière la plus rude et la plus indifférente, mais inspirée par l’amour et le dévouement réciproques ; elle doit se laver les pieds les uns les autres avec bonté, sympathie et amour, appréciant le parfum symbolique de Marie. Leur réconfort mutuel doit être donné avec cet amour et cette sollicitude qui nous est représentée par Marie qui employa les boucles de ses cheveux pour essuyer les pieds de son Maître.
Certainement, cet amour, ce parfum de l’amour et de la sympathie de Marie, existe parmi les membres du corps du Seigneur. Tandis qu’ils perçoivent l’animosité du monde, de la chair et de l’adversaire contre les oints du Seigneur, ils sont les plus dévoués les uns pour les autres et d’autant plus disposés à s’honorer les uns les autres avec soin, amour et sympathie, et parler et agir généreusement et aimablement les uns envers les autres. Que cela nous réjouisse — nous ne connaissons aucune meilleure preuve de la croissance en grâce chez des consacrés.
La sagesse nous dit que nous ne devons pas tarder à porter nos vases d’albâtre de parfum et de répandre leur contenu sur nos bien-aimés du corps de Christ, les membres-pieds. Qu’importe s’ils ne nous remarquent pas, ne pensent pas à nous, ou n’en répandent pas sur nous comme membres-pieds ; faisons notre part, soyons de la classe de Marie, répandons le doux parfum sur les autres, et la maison, l’Église du Seigneur, sera remplie de l’odeur suave quand bien même quelques disciples pourraient nous accuser à tort d’être extravagants avec notre amour et notre dévouement, ne comprenant pas que bientôt le Maître dira de nouveau : « Laissez-la, elle a fait ce qu’elle a pu ».Notre Seigneur estima ce parfum et cette onction comme étant tout ce qui pouvait être fait — rien de plus, ni de mieux, Il indique l’amour, l’amour le plus grand — et « l’amour ne fait point de mal au prochain : l’amour est donc l’accomplissement de la loi » ― Romains 13 : 10.
« Veillons les uns sur les autres », dit l’apôtre en Hébreux 10 : 24 ; considérons les faiblesses les uns des autres ; considérons les épreuves les uns des autres, les tentations, les efforts pour combattre un bon combat contre le monde, la chair et l’adversaire ; considérons les difficultés les uns des autres dans l’étroit chemin contre l’opposition au dedans et celle au dehors : en agissant ainsi, cela développera la sympathie dans nos cœurs, une sympathie qui prendra plaisir à répandre le parfum de nard de grand prix, le plus pur et le meilleur, sur tous ceux qui sont membres du seul corps.
Le Seigneur, en parlant de Marie, a dit : « Elle a fait ce qu’elle a pu. » Nous ne pouvons guère imaginer un plus grand éloge qui aurait pu venir des lèvres du Maître à l’un de ses disciples. Ce témoignage de Jésus devrait donc être un réconfort particulier, notamment pour les sœurs dans l’église. Elles n’ont pas les mêmes occasions de servir dans la vérité qu’ont les frères. Il y a certaines limitations liées au sexe, et celles-ci, bien sûr, s’appliquaient à Marie. Elle n’a pas eu le privilège d’accompagner Jésus pour entendre tous ses enseignements, ni de coopérer avec Lui de cette manière, ni de faire partie des soixante-dix disciples envoyés pour accomplir des œuvres puissantes et proclamer le Royaume. Mais sans être découragée par ces limitations, Marie était particulièrement vigilante à tirer profit de toutes les opportunités qui s’offraient à elle.
Si on paraphrasait, le Seigneur a aussi voulu dire : « Elle a manifesté son amour, sa dévotion. Elle ne m’a pas suivi comme vous, les disciples, l’avez fait. Elle avait les limitations inhérentes à sa condition de femme. Mais c’est une chose qu’elle pouvait faire, une chose qui était à sa portée, et qu’elle a faite. J’apprécie ce qu’elle a fait. Elle m’a oint pour ma sépulture. »
En appliquant à nous-mêmes les paroles de Jésus à Marie, nous voyons que personne ne pouvait recevoir un plus grand hommage des lèvres du Maître que l’approbation donnée à l’acte de Marie. Manifestement, cela signifiait : elle ne peut pas faire plus — « elle a fait ce qu’elle a pu. » Il y a dans ces paroles un encouragement pour nous tous. Quels que soient les critiques des frères, si nous sommes sûrs que nos cœurs sont loyaux au Seigneur, nous pouvons être certains qu’Il dira de nous avec sympathie : « Ils ne peuvent pas faire de grandes choses, mais ils font ce qu’ils peuvent. » Lorsque le Père céleste nous regarde d’en haut, Il doit voir que ce que nous faisons est très peu. Mais il est cependant réconfortant pour nous de savoir que le Père céleste est heureux de nous regarder d’en haut, et qu’Il voit que nous essayons de faire tout ce que nous pouvons.
Ce verset devrait être un encouragement particulier pour les sœurs. Elles ont des occasions spéciales, d’une manière plus privée, de servir le corps de Christ. Bien sûr, cela ne signifie pas que les frères ne doivent pas exercer leur ministère envers le corps de Christ — c’est-à-dire se laver les pieds les uns aux autres, etc. — mais cela met particulièrement l’accent sur le privilège des sœurs — l’onction de la Tête et des pieds.
Le parfum lui-même est une belle image d’amour et de dévotion, et illustre la manière dont nous pouvons répandre du parfum sur chacun en nous parlant aimablement, et en cherchant à voir ce qu’il y a de meilleur chez l’autre.
Frère Russell a rapporté dans plusieurs de ses articles des suggestions utiles et pratiques qu’un imprimeur avait mentionnées sur sa carte de visite. Ces conseils sont à la portée de nous tous, tant des sœurs que des frères :
« Ne gardez pas les vases d’albâtre de votre amour et de votre tendresse, scellés jusqu’au moment du décès de vos amis, mais remplissez leur vie de gentillesse.
Tant que leurs oreilles peuvent entendre, dites-leur des paroles encourageantes et réconfortantes.
Les choses gentilles que vous dites après qu’ils sont partis, dites-les avant qu’ils ne partent.
Et les fleurs que vous avez l’intention d’envoyer pour qu’elles soient déposées sur leur cercueil, offrez-les maintenant, afin qu’elles illuminent et adoucissent leur foyer, avant qu’ils ne le quittent.
Si mes amis ont des vases d’albâtre mis de côté, remplis de parfums odorants de sympathie et d’affection, qu’ils ont l’intention de briser pour en embaumer mon corps mort, je préfère qu’ils me les apportent maintenant, dans mes heures de lassitude et de chagrin, et qu’ils les ouvrent pour me rafraîchir et me réconforter. Étant dans le besoin, je serai en mesure de les apprécier.
Je préfèrerais avoir un cercueil simple sans aucune fleur, et des funérailles sans éloge, qu’une vie sans la douceur de l’amour et de la sympathie. Apprenons à oindre nos amis par avance, pour leur sépulture.
La gentillesse manifestée après la mort ne peut réconforter un esprit abattu. Les fleurs sur le cercueil ne renvoient aucun parfum en arrière, sur le chemin pénible parcouru par nos bien-aimés. » (Fin de citation).
CONCLUONS :
Lisons la Manne du 16 novembre
« Elle a fait ce qu’elle a pu. » ― Marc 14 : 8.
Nous n’avons pas le privilège d’être en contact personnel avec notre cher Rédempteur, mais nous avons celui d’oindre les « frères » du Seigneur avec le doux parfum de l’amour, de la sympathie, de la joie et de la paix. Plus ce parfum nous coûtera de renoncements à nous-mêmes, plus il sera précieux aux yeux de notre Frère aîné qui déclara que ce que nous faisons à ses frères, c’est à Lui que nous le faisons et ce que nous ne leur faisons pas, c’est à Lui-même que nous ne le faisons pas… Nos vases d’albâtre sont nos cœurs. Ils doivent être remplis des plus riches et des plus doux parfums de bons vœux, de bonté, d’amour envers tous, mais spécialement envers le Christ, ― envers la Tête, notre Seigneur Jésus et envers les membres de son corps, l’Église. Nous avons le privilège particulier de répandre le doux parfum de l’amour, du dévouement, au nom du Seigneur à qui nous appartenons, sur les derniers membres, « les pieds » de son corps, qui sont maintenant avec nous. Z’ 99-78 ; 00-378. (R2448 : 5 ; 2744 : 3)
Lisons aussi la Manne du 15 juillet
« Quand je distribuerais tout mon bien pour la nourriture des pauvres, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien. » ― 1 Corinthiens 13 : 3.
Dans l’exercice de notre ministère auprès des autres, nous ne devons pas oublier que l’argent n’est pas la seule chose dont les gens ont le plus besoin : certains ont besoin d’amour, et de sympathie qui n’ont pas besoin d’argent. Notre Seigneur était un de ceux-là ; son propre cœur plein d’amour trouva comparativement peu de compréhension, même chez les représentants les plus nobles de la race déchue, ses apôtres. En Marie, Il parut trouver la profondeur d’amour et de dévouement qui fut pour Lui un parfum d’agréable odeur, un rafraîchissement, un encouragement, un tonique. Marie, semble-t-il, apprécia plus que les autres la longueur et la largeur du caractère du Maître. Non seulement, elle fut heureuse de s’asseoir à ses pieds pour être instruite par Lui, mais heureuse aussi de Lui donner, à n’importe quel prix, une manifestation de son dévouement, de son amour. Z’ 99-77. (R2448 : 3)
Nous ne savons pas dans quelle mesure les dernières années de cet âge de l’Évangile peuvent correspondre aux derniers jours du ministère de notre Seigneur ; nous ne savons pas dans quelle mesure les expériences des « pieds » du corps de Christ peuvent être similaires à celles de la Tête du corps ; nous savons cependant que, quoi qu’il en soit, nous avons le privilège béni de nous réconforter, de nous encourager et de nous soutenir mutuellement dans les épreuves qui accompagnent le fait que nous achevons dans notre chair « ce qui manque aux souffrances de Christ » (Colossiens 1 : 24). Et quelle que soit la mesure dans laquelle nous voulons améliorer ces occasions, comme l’a fait Marie, nous devons d’abord les apprécier comme elle l’a fait.
Sachons être de la classe de Marie les uns pour les autres. Faisons tout ce que nous pouvons, spirituellement et matériellement, pour nos frères et sœurs pendant que nous sommes encore de ce côté-ci du voile.
AMEN